La Ferme du Bonheur, de Roger Després
Aujourd’hui, j’étais à la Ferme du Bonheur.
J’y fus accueillie par son fondateur, Roger Després, vêtu uniquement d’un paréo jaune ne couvrant que la moitié de son corps, tel un moine bouddhiste.
Il faisait 35 degrés à l’ombre, ceci explique cela. Nous bavardâmes un peu, assis aux côtés d’Ignace, le vieux Pleyel qui orne son « Bal », ainsi qu’il désigne son grand salon parqueté et muni de tapis, d’animaux empaillés et de tout un bric-à-brac chiné : vieilles commodes, liseuses, buffets, tables antiques, lampes décaties, fauteuils, miroirs, tout cela orné de plumes de paons, car 26 paons habitent aussi sa ferme, on les voit et on les entend.
Je dus même les chasser pour pouvoir passer la porte, car 7 d’entre eux m’en barraient l’entrée. Du pur ésotérisme.
Je passai là quelques heures précieuses à patouiller ce vieil Ignace, tout désaccordé mais charmant.
Puis j’allais visiter le fameux « Champ de la Garde », que Roger Després cultive au-dessus du tunnel de l’A14, juste à la sortie de Nanterre Université, à deux pas de la Défense, tel un jardin enchanté, paradis de bio-diversité peuplé de papillons virevoltants, rouges, noirs, jaunes… une véritable oeuvre d’art.
Et c’est ainsi que je le vis, son arrosoir à la main, soignant ses salades et ses arbres fruitiers en plein cagnard.
Je garderai longtemps l’image de cet homme grisonnant, encore mince et plutôt grand, nu comme Adam, arrosant ses plants d’échalotes le sourire au lèvre, ravi du bon tour joué aux Tours de la Défense toutes proches, et s’exclamant, l’oreille aux aguets : « Des Cigales !! Première fois que j’entends des Cigales en Ile-de-France !!».
La Fontaine n’a qu’à bien se tenir…







© Christian Rist
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